Sortie de crise Post COVID-19 à Biarritz, un plan de relance massif d’initiative municipale

Cette épidémie change tout !
Tout, ou presque, ce qui a pu être dit, promis, annoncé, est obsolète.
Quel que soit le scenario final des élections municipales, seuls les candidats aux mairies qui auront compris cela seront écoutés et donc élus par leurs concitoyens.
Une telle crise appelle une sortie de crise ambitieuse. Qui « renverse la table ». Qui fasse fi de tous les tabous antérieurs.

Quelle application à BIARRITZ ?


LA SITUATION

La souffrance des Biarrots aura décidément été extrême et rien ne leur aura été épargné. Après un mandat municipal calamiteux et durement sanctionné le 15 mars, la crise sanitaire et le confinement. Biarritz en aura subi les traumatismes comme toute la France, mais Biarritz a ses spécificités.

Sur le plan social

Biarritz avait 25404 habitants au 1er janvier.

  • Comment les 13 % de Biarrots (3300 personnes) dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté auront-ils vécu cela et avec quelles blessures ?
  • Comment les sans abri ?
  • Comment les 45 % qui sont âgés de plus de 60 ans ?
  • Comment les 50 % (un sur deux !) qui vivent seuls ?
  • Comment les familles des actifs propulsés dans le chômage partiel ? Comment nos enfants, nos étudiants ?
  • Comment les titulaires de petites retraites ayant un petit logement locatif à vocation touristique et besoin du petit revenu complémentaire correspondant ?

Sur le plan économique

  • Comment et avec quelles blessures les commerçants, les PME et TPE auront-ils vécu cela ?
  • Ces entreprises, ce sont les producteurs d’emplois et de richesse à partager, en même temps que le gagne-pain de leurs créateurs.
  • Combien sont-ils en danger de disparition ?

QUE FAIRE ?

Comment une équipe candidate à la mairie ne verrait-elle pas que l’absolue priorité du début du prochain mandat est d’aider toutes ces victimes à guérir et à repartir de l’avant ? Et il ne saurait s’agir de « distribuer des miettes ». Il s’agit de le faire massivement, et à Biarritz, c’est possible ! 

Biarritz a besoin d’un plan de relance massif d’initiative municipale – en coopération, bien entendu, avec les autres collectivités publiques -, de type « keynésien », c’est à dire par la demande et la commande publiques.

 (John Maynard Keynes, 1883-1946 – fut un grand économiste britannique qui avait théorisé la relance de l’économie et de l’emploi par l’investissement public. L’école de pensée économique qu’il a créée, le « keynésianisme », a inspiré avec succès de nombreuses relances économiques après la crise de 1929 et plus tard. Le « New deal » de Roosevelt, et le « plan Marshall » d’après guerre, relevaient largement de ses théories)

Ce dont il s’agit, c’est donc d’une « NOUVELLE DONNE » (New deal) appliquée à Biarritz et uniquement à Biarritz. Nous ne parlons pas de 10 ou 20 M€, mais de beaucoup plus. 100 M€, 200 peut-être….


EST-CE POSSIBLE, COMMENT FINANCE-T-ON ?

Oui, c’est possible. Mais aux grands maux les grands remèdes. Il ne s’agit que de volonté politique.

Y compris, et c’est essentiel, celle de ne pas trop surcharger les impôts des habitants permanents de Biarritz.

 

1. L’hôtel du Palais

Quel dommage que Michel Veunac n’ait pas choisi de vendre les murs et le fonds de commerce ! Guy PETIT avait eu raison de le reprendre, pour éviter sa « vente à la découpe ». Car les instruments juridiques qui existent aujourd’hui pour garantir qu’il reste l’Hôtel du Palais, Palace, n’existaient pas encore à l’époque !

Nous aurions au moins 200 M€ dans les caisses de Biarritz !

Le montage actuel est, comme on pouvait le prévoir, virtuellement mort pour au moins deux raisons :

  • une qui est indépendante de la crise sanitaire : l’augmentation du budget des travaux, prévisible pour une opération si complexe et lancée beaucoup trop à la hâte : le budget total initial était de 85 M€, tout le monde sait qu’il se terminera à plus de 100 ;
  • la crise qui supprime la saison 2020, tant il est improbable que l’hôtel rouvre pour cet été, ce qui engendrera une perte d’exploitation supplémentaire considérable, non financée.

Pour boucler l’opération, il manquera au bas mot 30 M€, peut-être 40 ou davantage.

Il n’est plus d’actualité de se demander si la Ville doit garder la majorité dans la propriété des murs et du fonds de commerce.

Cet hôtel a coûté extrêmement cher aux Biarrots depuis sa reprise par la Ville. Cela suffit.

Actuellement, la Ville possède encore 56 % de la Socomix, contre 38 % pour le groupe DECAUX, lesquels ont été obtenus pour le prix dérisoire de 15 M€, 1/4 de leur valeur.

On peut penser que la valeur des murs et du fonds de commerce après les pharaoniques travaux en cours sera comprise entre 250 et 300 M€. Pour en calculer l’actif net, il faut en retirer le passif : emprunts, surcoût des travaux, pertes d’exploitation. Soit un actif net d’au moins 150 à 200 M€.

La Ville n’a d’autre choix, compte tenu du droit de préférence accordé par le pacte d’actionnaires, que de négocier avec DECAUX la reprise de la totalité. En rappelant le caractère déséquilibré en sa faveur du montage précédent. La cession totale avec disparition de la Socomix en tant que SEML doit donc lui rapporter de l’ordre de 100 M€.

 

2. La capacité d’endettement

Globalement, la Ville n’est pas en mauvaise situation financière et peut encore emprunter.

Avec :

  • un encours de dette de l’ordre de 45 M€,
  • une annuité de dette de 4,5 M€ (175 € par habitant), pour un budget de fonctionnement de 50 M€,
  • une capacité de désendettement inférieure à 5 ans,

les marges de manœuvre existent.

Sans prendre un risque énorme sur l’avenir et moyennant une gestion dynamique très professionnalisée de sa dette, la Ville de Biarritz peut encore, en cette période propice de taux historiquement bas, emprunter significativement.

 

3. La fiscalité

Là encore, gouverner, c’est choisir, et aux grands maux les grands remèdes.

Le choix politique doit être d’aider les Biarrots victimes de la crise à s’en sortir, moyennant « monnaie sonnante et trébuchante ».

Il n’est plus de favoriser le sur-tourisme, mais il est aussi de faire entrer Biarritz dans une ère de 21ème siècle digne d’une station balnéaire à la pointe du modernisme social et environnemental.

La surtaxe foncière sur les résidences secondaires sera donc portée au maximum légal de 60 %. Quand on sait que 45 % des logements de Biarritz sont des résidences secondaires….

La taxe de séjour sera augmentée de façon importante.

Des arbitrages seront effectués entre les nouvelles ressources, les nouvelles charges d’emprunt, les taux des taxes locales fixées par la commune, afin de ne pas trop augmenter les impôts des Biarrots permanents.

 

4. Le redéploiement budgétaire

La volonté et le courage budgétaire, les priorités politiques clairement définies ici, impliquent l’acceptation d’une puissante réflexion de redéploiement budgétaire et de remise en cause de certaines dépenses.

Place au bien commun !

Le budget de la Ville fera l’objet d’un audit approfondi conduisant à une profonde restructuration.

Le principe sera qu’aucun euro public ne sera plus accordé sans contrepartie, sans une contractualisation claire avec des objectifs, un suivi des résultats et des rendez-vous annuels de contrôle. Même les associations devront entrer dans cette logique.

 

5. La chasse aux financements externes

Depuis 50 ans que je fréquente les collectivités territoriales, notamment depuis le CGEFI (Contrôle général économique et financier), je suis frappé de constater à quel point cette dimension est trop souvent ignorée ou très mal gérée, à quel point elle est « sous-staffée » dans ces collectivités, les communes en particulier.

Par exemple, de nombreux financements européens sont disponibles, mais jamais sollicités ; par ignorance de leur existence ou de leurs procédures de dévolution ou incapacité de monter les dossiers et d’aller les plaider à Bruxelles.

C’est vrai aussi pour les financements de l’État. Par exemple, il est évident qu’on aurait pu en obtenir pour l’Hôtel du Palais, monument historique classé. Encore eut-il fallu anticiper. Au lieu de cela, pour cause de G7, un projet lancé dans la précipitation et non optimisé.

Idem pour la Région, le Département, la CAPB.

Et même le privé ou le mécénat, qui peut financer des équipements publics (Cf sauvetage du Canal du Midi, par mécénat organisé par VNF).

Je préconise donc la création à la mairie d’un service spécial, une « mission »,  composée de juristes, de financiers et de lobbyistes de haut niveau, dont le seul rôle serait d’aller monter des financements externes. Un commando de très haute compétence.

On l’appellerait la MIRFIE (Mission de recherche des financements externes).

 Ayant dit tout cela, qui ne voit qu’on pourrait trouver assez vite 200 M€ ?

POUR EN FAIRE QUOI ?

1. Un fonds d’aide aux victimes

Le Covid 19 aura traité les personnes physiques et les personnes morales de la même façon : Les formes graves et a fortiori mortelles interviennent en cas de co-morbidité, c’est à dire lorsque la personne n’allait déjà pas très bien.

Il s’agira donc dans les deux cas d’aider à guérir ceux qui n’auront pas déjà succombé.

Ce fonds sera donc subdivisé en un volet « personnes physiques » et un volet « personnes morales ».

 

2. Un fonds d’investissement public

Pour que Biarritz soit parmi les premières à sortir par le haut de la crise, ce fonds de relance économique de type « keynésien », c’est à dire de relance par la demande et la commande publiques, prévoira des investissements publics massifs.

Ces investissements, créateurs d’activité économique et d’emploi, sollicitant la sphère de la construction, seront essentiellement orientés vers :

● l’environnement : refondation de la ville à l’issue d’un plan de mobilité, circulation, transport tous modes, stationnement, conçu par une équipe d’urbanistes, architectes et ingénieurs recrutée sur concours avec cahier des charges municipal ;

● le social au sens le plus large : accueil des sans abri, de certaines formes de dépendance, équipements d’inclusion sociale, numérique…

● le logement : lancement rapide des nouveaux quartiers : un vrai grand et nouveau quartier de la gare à La Négresse, Aguilera…

● la voirie et les réseaux : en fonction du plan de mobilité, il faut changer complètement de paradigme, de doxa : parcs de stationnement (la gare, Floquet, Port Vieux, entrée sud…); l’assainissement séparatif est indispensable, par étapes, sans exclure la « désimperméabilisation » ni la multiplication intérimaire des réservoirs d’orages pour, au plus vite, cesser d’envoyer nos eaux usées dans l’océan….

   

● le paysage urbain : une grande politique de parcs publics, d’espaces verts et de fleurissement de la ville, la route du littoral transformée en promenade plantée, un urbanisme de quartiers existants fondé sur l’embellissement et la correction progressive des erreurs du passé (exemples: suppression de « dents creuses » ; mise en valeur des bâtiments prestigieux aujourd’hui trop cachés…) ;

● les équipements éducatifs et culturels : modernisation des écoles, rénovation de la Gare du Midi, du cinéma Le Royal, nouvelle salle de spectacles type « Zénith » à Aguilera…

Une telle approche nécessitera, comme on l’a vu, une véritable « révolution culturelle » en matière économique, financière et budgétaire et en matière de projet de ville.

Biarritz en sortira profondément transformée et ouvrant une nouvelle page de son histoire.

Répétons-le, audit complet du budget, de ses possibilités de redéploiement, sera réalisé dès les premiers mois du nouveau mandat. « L’argent est le nerf de la guerre » !

Il faudra négocier durement avec Decaux la sortie de la Ville de l’Hôtel du Palais et la dissolution de la Socomix en tant que SEML, société publique. 

(NB : Contrairement à une idée fausse répandue, une SEML (société d’économie mixte locale) n’est aucunement une société privée, mais une société publique par la majorité de son capital, qui relève du Code des collectivités territoriales pour ses règles essentielles, mais est « autorisée » à appliquer les règles de fonctionnement des sociétés commerciales, ce qui n’en fait nullement une « société privée »).

Bien sûr, il faudra trouver de nouveaux financements en plus. Hors chasse aux subventions qu’il faut absolument professionnaliser.

Pour beaucoup de projets, des financements privés seront mobilisés et les fonds publics pas ou peu sollicités (parcs souterrains en concession, équipements dans les ZAC, et autres…).

La Ville n’est pas globalement en situation financière difficile. Elle peut encore emprunter sans trop augmenter les impôts.

Elle devra impérativement mettre en place une gestion dynamique de sa dette (swaps de crédits, gestion performante de trésorerie,…) afin de profiter très vite des taux bas actuels avant qu’ils n’augmentent, ce qui va sûrement se produire !

Biarritz demain, c’est d’abord des Biarrots qui sortent de la crise par le haut et avant les autres.

C’est ensuite conserver ce qui est merveilleux, éliminer ce qui fut manqué, et c’est l’ambition d’une station océanique apaisée et douce à vivre qui servira de modèle à toute l’Europe maritime.

Jacques-André Schneck
8 mai 2020

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